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Stakhtobouta ou Cendrillon et ses soeurs cannibales

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Stakhtobouta ou Cendrillon et ses soeurs cannibales

conte  grec

par Emmanuela Katrinaki

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 Emmanuela Katrinaki a eu la gentillesse de nous faire parvenir deux surprenantes versions grecques de Cendrillon qu’elle a traduites pour sa thèse de doctorat. Elles complètent les versions de Perrault et celle des frères Grimm que nous connaissons davantage. Nous sommes ravis de les publier ici et de vous en faire profiter. Voici la première version ci-dessous. (voir la deuxième version ).

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Il était une fois une mère qui avait trois filles. La plus jeune avait toujours froid, et mettait ses pieds dans les cendres de la cheminée pour se réchauffer; c’est pourquoi elle était surnommée Stakhtobouta .

Un jour, la fille aînée dit : « Filons, et nous transformerons en vache celle qui coupera son fil ».Alors, elles se mirent à filer, et soudain le fil de la mère se coupa. « Nous te faisons grâce, mère, car tu nous as mises au monde ». Elles continuèrent à filer jusqu’au moment où le fil de la mère se coupa à nouveau. « Nous te faisons grâce, mère, car tu nous as élevées ». Elles poursuivirent leur tâche lorsque de nouveau le fil de la mère se coupa. « A présent, nous ne te faisons plus grâce » dirent-elles et elles transformèrent leur mère en vache.

Les deux sœurs dirent : « Il faut que Stakhtobouta la mène paître à la montagne, pour qu’elle engraisse et qu’on l’égorge à Noël ». Stakhtobouta l’emmena à la montagne, et elle partageait son pain avec elle. Mais le temps vint de l’égorger. Elles l’égorgèrent, la cuisinèrent et se mirent à la manger.

– Viens, Stakhthobouta, mange toi aussi .
– Qu’est-ce que vous dites, maudites, comment puis-je manger ma mère?

Et elle ramassait les os que ses sœurs jetaient. Elle rassembla tous les os et les mit dans une cave près de chez eux. Elle y allait toutes les nuits et encensait les os. « Moi, ma fille, je te protégerai avec les os » lui dit sa mère. Elle les encensa pendant quarante jours. Le quarantième jour, elle trouva la cave pleine de robes, de chaussures, de vêtements en or et des parures.

Un jour, ses sœurs, s’apprêtant à aller à l’église, lui demandèrent

– Pourquoi tu ne viens pas toi aussi au lieu de rester assise là dans les cendres? Et elle leur répondit :
– C’est comme ça, je suis dans les cendres, comment pourrais-je venir?

Lorsque ses soeurs s’en allèrent, Stakhtobouta alla à la cave, mit une robe en or, des souliers en velours et ses bijoux et se rendit à l’église. Toute l’église fut éblouie par la beauté de la jeune fille. « Quelle est cette fille, qui est-elle… » Personne ne savait. Peu avant la fin de la messe, Stakthtobouta retourna chez elle, se déshabilla et s’assit près des cendres. Les sœurs, à leur retour, lui dirent :

– Pauvre Stakhtobouta, pourquoi n’es-tu pas venue? Tu aurais vu une fille qui a ébloui toute l’église par sa beauté. Et elle leur répondit, comme de coutume :

– Moi, Stakhtobouta, que viendrais-je y faire?

Le Dimanche suivant, les sœurs, avant de se rendre à l’église, lui dirent. « Viens aussi, Stakhtobouta! » mais comme toujours elle leur répondit « Comment venir, dans mon état… » Lorsque ses sœurs s’en allèrent, elle mit une autre robe et d’autres souliers et alla à l’église. « Mais, quelle est cette fille, qui peut-elle être… » Juste avant la fin de la messe, elle s’en alla, rentra chez elle, se déshabilla et s’assit près des cendres.

A la messe, il y avait un prince qui tomba amoureux d’elle. Il dit: « Dimanche prochain, je vais enduire les escaliers de l’église avec du goudron, son soulier y restera collé et je découvrirai qui elle est ».

Lorsque ses sœurs rentrèrent à la maison, elles lui dirent :

– Pourquoi n’es-tu pas venue? Tu aurais vu une fille si belle que l’église tout entière étincelait .
– Comment pourrais-je venir puisque je suis dans les cendres…

Le dimanche suivant, les sœurs allèrent à l’église, et Stakhtobouta aussi, vêtue d’une autre robe. Le prince, en la voyant venir, enduisit l’escalier avec du goudron. Voulant partir avant la fin de la messe, elle y laissa son soulier. Le prince garda donc le soulier et demanda à toutes les filles du village de venir essayer le soulier ; il voulait se marier avec celle à qui la chaussure conviendrait.

Toutes les filles du village essayèrent le soulier mais il ne convenait à personne. Un appel fut lancé : « Il n’y a aucune autre fille? » Les sœurs de Stakhtobouta dirent: « Nous avons une sœur, une Stakhtobouta ». Le prince alla voir Stakhtobouta, et lui mit le soulier qui lui allait parfaitement. « C’est toi ma femme », dit-il. Et Stakhtobouta mit sa robe et ses bijoux et se maria avec le prince.

Elle vécut heureuse, tandis que ses sœurs restèrent seules car elles avaient mangé leur mère.

FIN

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Note : « … Nous avons essayé en premier lieu de comprendre ce que le cannibalisme peut signifier dans le développement du destin de chaque héros. Car, si nous acceptons l’idée que les contes décrivent le parcours de leurs héros vers la maturité, décrivent donc un parcours initiatique, nous constatons que le cannibalisme constitue un obstacle dans ce parcours. En second lieu, nous avons repéré des éléments unissant les contes qui ne sont pas toujours perceptibles à première vue.
Ainsi, dans Cendrillon, conte qui traite de la relation entre mère et fille, les soeurs matriphages de l’héroïne sont condamnées au célibat tandis que leur soeur cadette parvient à se marier car elle a su respecter le tabou alimentaire ... » E. Katrinaki

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Autres versions de Cendrillon , cliquez ci-dessous

  1. Cendrillon par Charles Perrault (France)
  2. Cendrillon par les frères Grimm (Allemagne)
  3. Stakhtobouta Cendrillon par Emmanouela Katrinaki (Grèce)
  4. Athokatsoulo (chatte des cendres), Cendrillon par Emmanouela Katrinaki (Grèce)

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Emmanouela Katrinaki s’est penchée sur le cannibalisme dans les contes merveilleux grecs qui furent le sujet de sa thèse  pour l’obtention du grade de Docteur de L’Ehess. Voir la présentation de la thèse : http://actualites.ehess.fr/nouvelle491.html

 

La these a ete publiee en 2008 par l’editorial Folklore Fellows Communications, n, 295, Helsinki .http://www.folklorefellows.fi/wordpress/?page_id=22

Le cannibalisme dans le conte merveilleux grec par Emmanouela Katrinaki

 

Auteur : Emmanouela Katrinaki

Titre  : Le cannibalisme dans le conte merveilleux grec. Questions d’interprétation et de typologie. Helsinki: Academia Scientiarum Fennica. 2008. 328 pp.

ISBN 978-951-41-1025-2 (hardback)

ISBN 978-951-41-1026-9 (paperback)

35 euros (hardback)
30 euros (paperback)

 

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