Contes et comptines à lire en ligne

Le Basilic et son oeuf

oeuf de Basilic  à la manière de Nikki de Saint -Phalle   Le Basilic et son oeuf

C’est bientôt Pâques et on me demande d’insérer des contes de saison.

Il faudrait dans ce cas que je vous rapporte des histoires de dragons car traditionnellement, c’est aux Rogations ou à Pâques qu’ils sortent, en même temps que tombent les pluies printanières et que fondent les neiges. J’ai plusieurs histoires en tête mais l’envie ne vient pas.  Par contre, un petit monstre me taraude depuis quelques jours : le Basilic. Alors, tant qu’à parler d’œufs de Pâques, j’aime autant vous parler de l’œuf du basilic. Au cours d’études du légendaire de France, j’ai souvent rencontré le motif de l’œuf de basilic,  ou du basilic lui-même. Alors, voici un petit  condensé de ce qui se dit sur ce dragon.

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 Le Basilic  dont le nom signifie petit roi ou roitelet (du grec basilikos) est un animal fabuleux. Dans le Poitou il est le roi-péteur (son odeur est pestilentielle). Son aspect a un peu changé depuis l’antiquité greco-romaine, époque où on le représentait simplement comme un « petit serpent très venimeux au  regard pétrifiant et mortel » (Pline). Il avait le pouvoir de brûler l’herbe, de briser les pierres et de tuer quiconque croisait son regard.

 Dès le Moyen-Âge le basilic est représenté comme un serpent hybride et couronné. De nombreux contes rapportent le grand courage dont doivent faire preuve les chevaliers qui les combattent. Mais de nos jours aussi de nombreux récits contemporains signalent le pouvoir du Basilic (voir collectes plus bas). Il n’est pas rare que dans les campagnes, on nous montre encore des œufs de Basilic (pierres à la forme particulière).

On raconte que le Basilic naît en plein été, lors des mois les plus chauds, d’un œuf pondu sur du fumier, par un coq âgé de 7 à 14 ans, et couvé par un crapaud (ou un serpent). L’animal qui en sort est mi-coq, mi-reptile (serpent ou dragon). Il a une tête de le-basilic-au-12ème-siècle, cathédrale de Gurk, Autrichecoq sur un corps de reptile,  ou alors, il est un coq dont la queue est un serpent, mais toujours, le basilic est doté d’ailes et de pattes griffues. Souvent sa queue serpentine se termine par des crochets. On dit qu’il est engendré dans une caverne ou dans un puits. Le coquatrix, la grand’goule… sont autant d’aspects de cet être fabuleux.

S’il est difficile de rencontrer le basilic ou le coquatrix, la tradition affirme qu’on peut néanmoins tomber sur un « Cocâtre ». C’est un œuf avorté, parfois sans coquille et souvent sans jaune. On l’appelle aussi œuf de jau ou œuf à la vermine. (Notons que chez les orthodoxes, au moment de Pâques, on laisse un oeuf dur peint en rouge devant les icônes. Lorsque l’oeuf est remplacé par un autre oeuf rouge l’année suivante, on peut remarquer que, souvent, celui-ci s’est vidé de sa substance, d’où l’idée de la resurrection puisque le contenu -ou le corps- n’y est plus).

 Il n’est pas rare de voir cet être reproduit sur les chapiteaux de nos cathédrales. Il représenterait Satan, roi des forces néfastes, comme le serpent.

 Si jamais il vous arrivait de le croiser voici comment combattre le basilic

 Le miroir  est le moyen le plus efficace. Le basilic serait alors foudroyé par le reflet de son propre regard. C’est la ruse qu’employa Persée pour vaincre Méduse, mais ne dit-on pas que le basilic est né du sang qui coulait du cou coupé de cette Gorgone?

La rue, est la seule plante capable de résister à l’haleine fétide du basilic, elle était considérée comme plante magique et fait partie des plantes cueillies à la Saint jean.

La belette est l’ennemi traditionnel des serpents, elle ne craint donc pas d’attaquer le basilic. Si jamais elle était blessée lors d’un combat, soignez-la avec de la rue.

Un bâton de charme (arbre)  enfoncé dans le fumier où est l’œuf de basilic, permet de neutraliser le mal.

 Basilic gravure du XVIème sièclDans le folklore français, le basilic est régulièrement signalé.

 Racinoux rapporte plusieurs récits et croyances de Basilics qui attaquaient les passants dans la Vienne[1].  L’un d’eux hantait le hameau d’Epennes et dévorait les promeneurs. Un  chevalier, Robin[2] de la Haie,  fut assailli par un basilic au passage des Bois de la Dorelle. Il réussit à le transpercer avec sa lance mais comme elle se brisa,le chevalier acheva  le monstre avec son épée puis il poursuivit tranquillement son chemin. Seulement, le lendemain matin les paysans furent réveillés par une odeur pestilentielle. Ils sortirent et découvrirent le le cadavre nauséabond. Ils le transportèrent alors dans une charrette qui dut être tirée par 4 ou 6 boeufs, tant le monstre était lourd, et ils l’enterrèrent sous le dolmen de Hameau d’Epeines.

Un autre lieu avait été déserté par ses habitant à cause du basilic :   le village d’Oyré, La Simerie (Près de Chatellerault). Ce village était considéré comme maudit car le basilic avait tué nombre de paysans. Un jour, un homme s’en revint au village caché dans une barrique afin que le basilic ne puisse le voir. On disait en ce temps là, que si on voyait le basilic avant qu’il ne vous voie, il mourrait. Il aperçut le coquatrix avant que celui-ci ne le voie et ce dernier en perdit son pouvoir et mourut. Une fois mort, sa peau fut mise à sécher et fut ensuite suspendue aux buissons.

 Jean-François Bladé rapporte que dans le Sud-Ouest de la France, « le Basilic a le corps d’une loutre, avec une tête d’homme couronnée d’or, comme les empereurs et les rois ». D’un seul regard, il fait tomber hommes et bêtes raides morts sans qu’on puisse le tuer  à coups de fusil ou d’autres poisons (comme le vampire).  Cependant il suffit qu’on place un miroir face  à lui pour qu’il soit foudroyé et meurt, mais sept ans après, un autre basilic naît à nouveau..

Selon Claude Seignolles,  » Nuit et jour, le basilic voyage sous terre, cherchant le fond des citernes et des puits. Malheur aux hommes, malheur aux femmes, malheur surtout aux enfants qui se penchent sur les margelles, pour cracher ou jeter des pierres dans l’eau. D’en bas, le basilic les appelle, et on n’en entend plus parler7 « . On rapporte que vers 1860, une jeune fille serait morte de frayeur ayant cru voir le Basilic sur la margelle du puits de Coulaine.

Anastasia Ortenzio

Vous voulez en savoir plus ? Voici mon conseil de lectures à ce sujet :

  • Contes populaires de la Gascogne, Jean-François Bladé, éd. Maisonneuve et Larose, Paris
  • La Vienne légendaire et mythologique, Mineau et Racinoux, éd.Brissaud, Poitiers
  • Harry Potter et la chambre des secrets Par Joanne Rowling   (livre et film)
  • Le dernier chant des Malaterre de  François Bourgeon (bande dessinée)
  • La Petite Encyclopédie du merveilleux  d’Edouard  Brasey
  • Petit dictionnaire de zoologie mythique de Jean-Loic Le Quellec (éditions Entente)

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Coloriage associé : oeuf et serpent d’après Nikki de St-Phalle


[1] Mineau Racinoux Charbonneau lassay, «  Bêtes fabuleuses du Loudunais, » 1938 La Vienne

[2] Dans la Vienne,  il existe une coutume de transporter le roitelet (Robin est autre nom du roitelet) sur un attelage de 4 bœufs blancs.).  (cf. thèse sur le roitelet de Sylvie Muller) Cela correspond à une redevance médiévale où il fallait présenter un roitelet le jour de la St Etienne (27 déc.). En Irlande il existe aussi  la chasse au roitelet qui est  tiré par un attelage  de plusieurs bœufs blancs (en Angleterre le nom de roitelet est confondu avec Robin (cf. Chanson où on chasse Robin dans les bois Robin the Hobbin) pendant les 12 jours

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2 Commentaires

  1. Je n’ai rencontré aucune légende à ce sujet. Par contre, une expérience vécue,me le ferait bien croire. Il y a quelques années, j’étais partie en vacances avec ma soeur enceinte de son deuxième enfant. Séduites par le parfum du basilic, on en avait acheté d’énormes brassées, qu’on avait laissées à l’arrière de la voiture. Je conduisais et rapidement une torpeur incroyable et incompréhensible m’a saisie, je conduisais comme sous hypnose, ma soeur semblait dans le même état et a commencé à avoir des nauséesl. En réalité nous étions droguées de parfums doucereux de la plante. Je me suis aussitôt arrêtée pour jeter le basilic et respirer de l’air frais. Nous avons pu reprendre la route, tous nos esprits éveillés à nouveau. Le Basilic (monstre) pétrifiait, mais la plante aussi, nous anesthésiait!

  2. Intéressant. Y a-t-il un lien entre le monstre et l’herbe aromatique?

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