Contes et comptines à lire en ligne

L’homme sauvage ou homme vert

homme-sauvage,-XVè-s.Beaulieu, maison Renaissance

L’homme sauvage ou homme vert

 

Van Gennep écrit que dans la nuit du 1er au 2 février, à minuit, l’ours sort de sa tanière et regarde le ciel :
– Si les étoiles brillent, il se lèche la patte et rentre en disant : « L’hiver n’est pas fini, nous avons encore quarante jours de mauvais temps »
– Si au contraire le ciel est couvert de nuages, s’il pleut, s’il neige, il ne retourne plus à son antre (selon les endroits, ce motif est aussi donné pour le 3 février et c’est le soleil que l’ours regarde).

Dans les récits populaires, l’homme sauvage a souvent l’aspect d’un ours : nous le retrouvons dans les contes des frères Grimm sous les traits de Jean de L’ours, Jean de Fer, l’Homme à la Peau d’Ours, et dans des contes italiens repris notamment par Basile et Italo Calvino, l’Orco a le même rôle.… Les diverses mythologies nous le présentent comme Hercule recouvert d’une unique peau de lion, ou Enkidu entièrement nu, la Bible nous parle des mésaventures de Nabuchodonosor, devenu homme-à la peau de bête, les Evangiles proposent Jean-Baptiste, l’ermite qui prêche dans le désert (ainsi que Marie-Madeleine elle aussi femme sauvage revêtue de ses seuls longs poils, précédant -ou suivant?-  Peau d’Âne à l’odeur pestilentielle)…
En France on l’appelle homme sauvage, homme vert, homme Pelu ou le Feuillu, en Italie Uomo selvatico, Om pelos, Orco, Urciat, Sylvanel, en Allemagne, en Irlande, en Hongrie et partout en Europe on retrouve sa trace (et je ne parle pas des autres Bigfoot, et Yetis au Tibet ou ailleurs –oui, Tintin n’a fait que reprendre une tradition populaire-).

Portrait
L’homme sauvage est souvent décrit comme un être hirsute, couvert de poils de la tête aux pieds, aux cheveux longs et touffus qui lui mangent la moitié du visage, aux ongles longs et griffus, souvent nu ou à peine couvert d’une peau de bête. Il ne se lave pas, ne se rase pas, ne se peigne pas. Il vit dans des lieux craints par les hommes (bois, désert, montagne, grottes…) et ne se nourrit que de ce que la nature lui offre, parfois uniquement des herbes (comme Nabuchodonosor).
La vie dans la nature l’a doté de qualités physiques extraordinaires : il est fort, agile, rapide et sa seule arme est la plupart du temps une massue ou un bâton de fer qu’il a lui-même fabriqué.

Homme-sauvage XVè s.

Museo dell’Omo selvatico XVè.s.Sondro

St-Onufre,église Ste Brigitte, valle Brembana

Saint Onufre, ermite, église Ste Brigitte (Italie)

 

Nous retrouvons de très nombreuses représentations de l’homme sauvage, aussi bien dans les livres, les gravures que sur les pièces de monnaie, les tapisseries, les façades des cathédrales…

On le représente tel que désigné dans le portrait que nous en faisons plus haut mais il est parfois montré sous les traits d’un homme couvert de feuillage. On l’appelle alors le Feuillu ou l’Homme Vert.

femme-sauvage, Marie-Madeleine, Altschwendt XVè s.

Marie-Madeleine, femme sauvage .All.

Femme-sauvage-à-la-licorne, XVè s. carte à jouer

Femme-sauvage-à-la-licorne, XVè s.

   

Comportement
Dans les récits populaires italiens de la région alpine, l’homme sauvage correspond en tout point au portrait défini ce-dessus. Il évite les hommes qui le craignent et s’en moquent à la fois mais, il possède les secrets de la nature et il détient surtout une connaissance approfondie de tout ce qui concerne le lait.  Aussi on l’invite au village pour qu’il enseigne aux hommes le secret de la fabrication du fromage. (cela me fait sourire car quelques jours après la sortie de l’ours-homme sauvage,  c’est la sainte Agathe  (le 5 février), patronne des nourrices et invoquée pour la lactation. – Et je ne parlerai pas ici de la voie lactée qui, selon d’antiques croyances, permet la circulation des âmes en cette même période…-

Dans les contes, l’homme sauvage est souvent fils d’un ours ou du diable (Merlin). La tradition raconte que l’ours sortit de sa tanière et ravit une jeune fille. Il l’emmena dans son antre et bientôt lui donna un fils aussi velu que lui. L’enfant finit par s’enfuir avec sa mère et de retour dans le village de celle-ci il aida les hommes grâce à sa force extraordinaire.

Homme sauvage, cathédrale d'Evreux, ph.Anastasia Ortenzio

Gargouille d’homme sauvage, cathédrale d’Evreux

Mythologie de l’homme sauvage
La figure de l’homme sauvage s’inscrit dans une période bien définie qui est celle du carnaval.
Depuis le Moyen Âge et dans plusieurs villes d’Europe, on reproduit son comportement dans des rites carnavalesques : sortie d’un homme déguisé en ours qui se saisit d’une jeune fille et finit par être capturé par les autres carnavaleux. Il est à noter que ces manifestations se déroulent en tout début février (dont la date marque la sortie de l’ours de sa tanière dans diverses croyances en Europe). Il serait intéressant de rapprocher les contes (cités plus haut) et romans (notamment Valentin et Orson ainsi que Merlin) qui traitent ce thème, à la lumière de cette date. Rappelons que d’après Claude Gaignebet, Gargantua, né le 3 février, serait la personnification de Carnaval . Il est à rapprocher du saint chrétien fêté ce même jour, c’est-à-dire Blaise (supposé être une forme christianisée de Bélénos qui fut l’Apollon gaulois, dieu Soleil). N’oublions pas que nous sommes dans un cycle de purification, donc de passage d’un cycle à un autre (voir notre article « Février et la Chandeleur« )

Homme-à-la-peau-de-bête, Rocamadour, chemin de croix

Homme recouvert d’une peau de bête : ours ou lion derrière sainte Véronique

Enigme

Voici une représentation de l’homme à la peau de bête devant laquelle je suis perplexe. Cette représentation se trouve à Rocamadour sur le chemin des remparts (dit chemin de croix) qui mène au coeur de la cité. La jeune femme au premier plan est Sainte Véronique reconnaissable car elle tend son mouchoir au Christ, mais qui est l’homme sauvage derrière elle?  Serait-ce Zachée?

La légende raconte qu’il  devint en effet le mari de Véronique. Il  l’accompagna à Rome, puis à Quiercy, où il devint ermite, sous le nom d’Amadour (région de Rocamadour). Il vécut alors dans une grotte, sous le rocher qui surplombe Rocamadour. Ce qui renforce l’aspect homme sauvage (ou homme Feuillu) de Zachée est une anecdote relatée par saint Luc 19,1-10 (Evangile). Pour mieux voir passer Jésus, il grimpa, dit-on, dans le feuillage d’un sycomore -d’ailleurs l’iconographie le montre toujours au milieu d’un feuillage-. (Au fait…c’est bien sous forme de sycomore que la déesse Isis allaita le pharaon Thoutmosis…). Il est précisé que « Zachée et Véronique assistèrent Marie jusqu’à sa dormition puis furent missionnés, nantis des reliques du Saint Visage et de quelques gouttes de lait de la Vierge ».

Pour clore cet article, une dernière précision : Sainte Véronique est fêtée le… 4 février!  Ça se bouscule!

Allez, revoyons les dates et tirons les traits d’union :
– 3 février : Saint Blaise, sortie de l’ours-soleil de sa tanière et naissance de Gargantua
– 4 février : Ste Véronique, épouse d’un homme sauvage et tous deux porteurs des gouttes de lait de la Vierge
– 5 février : Sainte Agathe, patronne des nourrices, grande protectrice de la lactation qui est encore invoquée de nos jours. Les agriculteurs célébraient en ce jour le gonflement des seins ou des pis. (Souvenez-vous que l’homme sauvage détenait les secrets du lait et enseignait l’art d’utiliser le lait et de fabriquer le fromage dans les Alpes)
– 14 février : Saint Valentin, frère jumeau d’Ourson, eh oui, mais Valentin fut élevé au château tandis que son frère survécut dans les bois, en homme sauvage 😉
Il s’en passe des choses en Février ! (et je n’ai pas mentionné les antiques Lupercales ! ). Ah! Petite précision : saint Blaise est le protecteur des gorges (il permet le passage du haut vers le bas). Les âmes mortes emprunteront-elles le chemin tout tracé de la voie lactée pour monter dans l’Au-delà ou bien  prendront-elles le chemin inverse pour descendre et se mêler aux vivants, cachés derrière leurs masques de carnaval?

Bon, si on relisait le beau conte de l’Homme à la Peau d’Ours  maintenant?

Anastasia Ortenzio

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2 Commentaires

  1. Travail de qualité, et de plus fécond.

    La relation de Saint Blaise, ( qui semble s’inscrire dans la contexte de l’homme sauvage, (voir fulcanelli : »l’homme des bois »), avec les « Anciens Devoirs » de la maçonnerie n’est pas concluante dans « A plus hault sens » de C.GAIGNEBET » ouvrage par ailleurs remarquable . Cela me gêne.
    Cordialement
    CC.

  2. ces articles sur l’homme vert-sauvage m’intéressent
    peut on les avoir par mail svp
    costaphilippe@orange.fr
    merci

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