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Le trésor du fantôme de Louisiane, conte créole

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Le trésor du fantôme de Louisiane, conte créole

 

Résumé : Une vieille femme noire qui a travaillé toute sa vie dans la plantation de maîtres blancs, voit une nuit, le fantôme de son ancien maître. Il lui donne rendez-vous. Apeurée, elle pretexte un trésor caché pour s’y rendre avec le pasteur. Ce dernier verra sa cupidité punie

 

Dès son enfance, Sarah avait travaillé pour un maître blanc, dans la plantation des Mercier, en Louisiane.  Elle était maintenant une vieille femme et s’affairait dans la cuisine.
C’était un beau soir d’été et il faisait si chaud qu’elle voulut aller prendre une bouffée d’air sur la terrasse.  Elle sortit par la porte arrière et se trouva face à face avec un homme blanc.
–          Bonjour Sarah, dit-il, je veux que tu me rejoignes à onze heures derrière la laiterie : j’ai quelque chose pour toi!
Sarah ouvrit la bouche mais ce ne fut pas pour lui répondre, au contraire, elle se mit à hurler. Elle cria si fort que tous les autres serviteurs de la plantation accoururent.
–          Que se passe-t-il, qu’as-tu donc à crier ainsi ? Demandèrent-ils.
–          J’ai… j’ai… j’ai vu le fan… le totoo… le fantôme … de… notre ancien maître…. J’ai vu le fantôme de Monsieur Mercier ! … C’était bien lui, je le jure ! bégaya Sarah en tremblant comme une feuille. Elle frissonnait et avait si froid à présent qu’il fallut lui jeter un châle sur les épaules. Mais elle continuait à trembler et à bredouiller nerveusement au milieu des sanglots :
–          Je l’ai vu, c’était lui… Je le reconnaitrais entre mille… Il m’a appelée… il m’a donné rendez-vous….
–          Il t’a donné rendez-vous ? S’inquiétèrent les gens autour d’elle en lançant des regards angoissés.
–          Oui, à onze heures… Avant de disparaître, il a dit qu’il avait quelque chose pour moi !
–          Quoi ?
–          Il m’a dit que de l’or était enterré derrière la laiterie. Mais je ne veux pas l’or d’un mort ! Je ne veux avoir affaire avec aucun mort ! Et elle se remit à pleurer de plus belle.

De l’or ! De l’or !!! Tous les serviteurs demeurèrent bouche bée, mais il ne fallut qu’un seul jour pour que tout le voisinage fut au courant.
De l’or ! Le pasteur lui-même en fut si émoustillé, qu’il persuada (sans aucune difficulté) ses ouailles de se livrer à une chasse au trésor.  Ils se retrouvèrent de nuit derrière la laiterie, tous munis de pelles et de fourches, le pasteur menant la danse. La nuit était sombre et les lanternes projetaient des ombres si inquiétantes, qu’effrayés, les gens n’osaient plus bouger. Alors, le pasteur  saisit une pelle et commença à creuser pour donner l’exemple. Mais personne ne le suivit. Alors le bonhomme continua à creuser seul, sous le regard du groupe. Il avait bien avancé et le trou était profond. Soudain il lança un long cri, jeta sa pelle et tomba face contre terre. Il resta ainsi affalé dans le trou sans pouvoir se relever. Il réussit néanmoins à tourner la tête et il se mit à crier :
–          Aidez-moi, au secours,  le Diable me tient, tirez-moi de là, je meurs !
Terrifiés, les spectateurs n’osaient bouger mais ils pouvaient  tous entendre le bruit d’un fouet qui cinglait l’air, et à chaque claquement, ils apercevaient avec horreur,  des zébrures profondes  marquer le dos du pasteur. Bientôt, sa chemise fut entièrement couverte de sang. Sarah, qui avait suivi le groupe, accourut en se frayant un chemin à travers la foule paralysée. Elle cria :
–          Monsieur Mercier est en train de fouetter le pasteur ! Je le vois, je le vois ! Il est furieux parce que vous en voulez à son or, alors il fouette le révérend.

Personne d’autre ne pouvait voir qui tenait le fouet, mais ils pouvaient tous voir l’homme qui gémissait en se tordant de douleur dans la boue.
Le pasteur mourut quelques jours après, des suites des coups de fouet.
Quant au trésor du fantôme, plus personne n’osa le chercher.
On reboucha le trou et on mit un terme à cette histoire

FIN

champ-de-coton-en-Louisiane

Auteur : Traduction et adaptation de Anastasia Ortenzio d’après : « Gumbo Ya-Ya, Folk Tales of Louisiana », Saxon Dreyer and Tallant, éd. Pelican.

  • Illustration : anonyme repris et adapté par legende-et-conte.com
  • photo: Anastasia Ortenzio : plantation de coton en Louisiane

Commentaire

Lors de mon voyage en Louisiane et en Georgie, j’ai été frappée par un certain « culte » des fantômes et des esprits des morts. De nombreuses légendes courent dans chaque ville, les magasins sont remplis de grigri voodoo et il existe des circuits touristiques pour visiter les maisons hantées. Dans une superbe vieille librairie, j’ai déniché un livre-collecte de contes de la Louisiane édité pour la première fois en 1923. « Gumbo Ya-Ya, Folktales of Louisiana« . C’est dans celui-ci que j’ai choisi ce conte pour illustrer cette période de Halloween, où l’on croit que les morts rendent visite aux vivants.

Dans ce conte, Sarah est une des esclaves noires ayant travaillé dans les plantations de coton exploitées par les blancs. Les esclaves étaient doublement exploités : on utilisait leurs mains pour le travail des champs et on embrigadait leurs esprits par l’évangélisation. Ce conte a un parfum de revanche puisque Sara assure voir le fantôme du maître fouetter le pasteur cupide.

Anastasia Ortenzio

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