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Le petit homme rouge du Louvre : légende

légende de Paris : le petit homme rouge du Louvre

Nous le vîmes s’élever tout d’un coup comme s’il voulait donner de la tête contre la voûte et disparaître.

Le petit homme rouge du Louvre

légende française (Paris)

d’après François de Nion

 Résumé : Pendant la Révolution française, la reine Marie-Antoinette  et sa  dame de compagnie virent le fantôme du Louvre, petit homme rouge dont  la légende courait depuis quelques siècles déjà. Hélas, son apparition présageait de grands malheurs… Nous savons comment se termina l’histoire de cette reine.

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Pendant ces terribles journées d’octobre, la Reine et moi, son humble servante, nous vîmes dans un des couloirs du vieux Louvre cette affreuse figure dont aujourd’hui encore -à l’heure lointaine où j’écris ces lignes,- je ne puis oublier les traits.

Je raconterai d’autre part notre voyage de Versailles à Paris dans un torrent de têtes hideuses qui semblaient porter nos carrosses comme l’eau d’un fleuve une barque périlleuse.
Têtes sanglantes et têtes sinistres, je vous vois danser autour de nous, les unes au bout d’une pique avec vos prunelles rigides et vos muscles tordus; les autres au niveau de nos visages, les yeux hagards et les bouches hurlant des injures. L’horrible jour, froid, pluvieux, sombre!
Le soir même il fallut s’occuper de se loger dans les appartements des Tuileries qui n’avaient pas été chauffés depuis l’enfance de Louis XV. Tout y était dans un désordre sinistre. Le pauvre Dauphin, habitué à son palais de Versailles, se pressait contre sa mère, effrayé par ces murs délabrés.

Dès que ses enfants furent endormis dans des lits préparés à la hâte, la Reine m’appela et me dit:
—Venez avec moi, comtesse; le Roi est couché, mais pour moi je ne saurais dormir sans avoir parcouru ces appartements et m’être assurée que je n’ai pas à redouter le fer d’un assassin veillant dans ces ténèbres contre les jours de Sa Majesté.

Je pris un bougeoir et je marchai devant la Reine, éclairant notre ronde nocturne à travers le palais sombre…
Nous tournâmes dans un appartement qui donnait sur les jardins et sur la Seine. Il faisait clair de lune; certaines fenêtres conservaient encore les petits vitraux plombés du temps des Médicis. Leurs verres grossiers, en culs de bouteilles, laissaient transparaître une lumière verdâtre qui tachait le visage de la Reine et me la montra soudain comme un fantôme en son vêtement blanc. Je me souviens que mes doigts tremblèrent et que les bougies que je tenais pleurèrent sur le parquet.
—Vous avez peur? me dit-elle. Vous étiez plus brave tantôt.
Et elle daigna ajouter:
—J’ai été témoin de votre courage et de votre fidélité; je ne les oublierai jamais… si toutefois j’ai encore longtemps pour me souvenir.
—Oh! madame, m’écriai-je.
Mais d’un geste doux et souverain elle m’indiquait une porte.
—Je ne sais ce qu’il y a de ce côté-ci des appartements. Dans mes rares séjours à Paris je n’ai jamais été si loin.
Je jetai un coup d’œil par un des carreaux de vitre: nous dominions la Seine et le vent faisait trembler, en les balançant, les grands arbres de la grève, mêlant leurs branches noires dans les rayons argentés de l’astre des nuits.
—C’est, me dit la Reine, que nous sommes à la porte qui fait communiquer le château avec la galerie du Louvre.

Un frisson involontaire me saisit: il me semblait que derrière cette frêle planche aux moulures dorées tout le vieux mystère du Louvre tragique s’agitait. Cela me rappela des récits terribles et des légendes sinistres.

Ce palais, disait-on, était parcouru par des spectres étranges. Cependant la Reine me commandait d’ouvrir et d’une main tremblante je tournai le bouton de la serrure.
Un coup de vent me frappa au visage et faillit éteindre mes bougies; je les protégeai de la main en les élevant pour dissiper l’obscurité; leur faible rayonnement faisait remuer des ombres que je jugeais effrayantes; mais la Reine éleva la voix:
—On aurait dû placer ici un factionnaire dont on fût sûr. Dieu sait jusqu’où ce corridor peut conduire!
Car nous distinguions maintenant une longue galerie qui semblait s’étendre à l’infini.
—Allons, dit Marie-Antoinette; il faut voir.
Et comme j’osai représenter à ma souveraine qu’il était nécessaire au moins d’appeler des gardes pour accompagner Sa Majesté, elle me fit signe de la suivre et s’avança la première.
Cette partie du Louvre fut reliée aux Tuileries par les architectes de Louis XIV; elle était alors, par suite de transformations essayées, puis renoncées, un désordre et un chaos. Nous errâmes dans un dédale de corridors coupés de marches et faisant cent détours, rencontrant parfois de brusques escaliers en vis, semblant descendre au centre de la terre, et qui s’arrêtaient devant des baies d’anciennes portes murées. Les voûtes sous lesquelles nous marchions étaient basses, gothiques, supportées par des bustes d’animaux à faces de monstres.
La Reine murmura d’une voix basse comme un souffle:
—Nous sommes dans la partie qui n’a pas été touchée; c’est le vieux palais de Charles IX et d’Henri III. Ces pierres ont dû voir bien des événements.

A ce moment nous entendîmes distinctement un bruit léger à quelques pas de nous. Nous nous trouvions alors au centre d’une sorte d’étoile où venaient aboutir des couloirs obscurs. Le sentiment naturel de ce que je devais à ma souveraine vainquit ma faiblesse et je m’élançai devant Marie-Antoinette en élevant en l’air mon bougeoir de vermeil.

Une forme bizarre apparaissait semblant descendre un à un les degrés taillés dans la pierre des murs; c’était une façon de petit homme vêtu de la manière qu’on représente les bourgeois du temps passé, avec des chausses à trousses, une casaque tailladée, et coiffé d’un chaperon à oreillère et à queue pendante. Mes tremblantes mains dirigeaient la lumière de son côté et nous vîmes qu’il était tout habillé de rouge.
Au cri que je ne pus retenir, cet être affreux, qui me parut avoir les traits d’un vieillard et la taille d’un enfant, leva la tête et, remontant brusquement, d’un vif élan, les degrés qu’il était en train de descendre, nous le vîmes s’élever tout d’un coup comme s’il voulait donner de la tête contre la voûte et disparaître.

Marie-Antoinette était immobile et pâle; j’osai saisir sa main glacée.
—Rentrons, me dit-elle; rien d’humain ne nous menace en ces lieux. Sans doute que la Providence a voulu m’attirer jusqu’ici pour m’avertir par un signe des dangers qui menacent la monarchie.
—Votre Majesté pense donc?…
—Que nous venons de voir le petit homme rouge, celui qui erre dans les détours du Louvre quand le roi de France est en péril. Je ne sais si notre croyance catholique nous permet d’ajouter foi à cette superstition; mais comment douter du témoignage de nos yeux?

Nous rentrâmes; elle impassible, moi terrifiée. Tout dormait dans le château. J’aidai la Reine à se dévêtir sans ces étiquettes qui lui avaient tant pesé et je l’entendis murmurer comme à elle-même:
—Je crains tout pour le Roi. Quant à moi je suis étrangère; ils m’assassineront; que deviendront nos pauvres enfants?
La douleur de cette Reine dans ce palais de désastres dépassait tout ce que les tragédies ont pu concevoir de terrible….

Je suis la dernière servante de la monarchie qui ai vu, de mes yeux vu, le petit homme rouge du Louvre.

FIN

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  • Légende française, de Paris : Le Petit homme rouge.
  • Récit de François de Nion, adapté
  • Coloriage associé , cliquez ici
  • Mots-clés : légende de Paris, Louvre, homme rouge, spectres, fantômes, octobre, reine, Marie-Antoinette, François de Nion

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