Contes et comptines à lire en ligne

Le petit berger, conte en ligne de Maud Lindsay

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Le petit berger

de Maud Lindsay

 

Résumé : Le père étant malade, c’est petit Jean qui conduit le troupeau de moutons au pâturage. Mais le loup affamé veille. Soudain le roi passe avec son escorte : Jean laissera-t-il son troupeau sans garde pour le voir passer ?

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Le berger était malade et sa femme regardait dehors avec un regard inquiet.

Qui va mener les moutons aux pâturages aujourd’hui? dit-elle à Jean, son petit garçon.
Moi, répondit Jean, j’irai, laisse-moi y aller, maman !

 Il y a très longtemps, Jean, son père et sa mère vivaient dans un pays ensoleillé, au-delà de la mer, là où les fleurs s’épanouissent, où les oiseaux chantent, et  où les bergers font paître leur troupeau dans de vertes prairies.

Chaque matin, dès le lever du jour, le père de Jean partait au loin avec ses moutons. Il n’avait jamais manqué une matinée jusqu’à ce jour, et dans la bergerie les moutons bêlaient comme pour dire : «Ne nous oublie pas aujourd’hui. »

Les moutons étaient les compagnons de jeu de Jean. Il n‘aimait rien tant que se promener avec eux dans les doux pâturages, et ils reconnaissaient déjà sa voix et accouraient à son appel.

Que le garçon y aille, marmonna son vieux grand-père, à son âge, je gardais le troupeau de mon père.

Le père de Jean dit la même chose, de sorte que la mère se hâta de préparer le petit garçon.

–  Mange ton dîner quand les ombres seront longuest sur l’herbe, dit-elle en l’embrassant pour lui dire au-revoir.
–  Et surveille bien les moutons quand tu traverseras la forêt, souffla son père malade.
–  Et fais bien attention, car c’est lorsque le berger baisse sa garde que le loup se jette sur le troupeau, ajouta le vieux grand-père.
– Ne craignez rien, répondit petit Jean, le loup n’aura aucun de mes blancs agneaux.

Il y avait des moutons blancs et des moutons noirs et aussi des agneaux espiègles dans le troupeau du berger, et chacun avait un nom. Il y avait Babette et Nanette, et Pierrot et Jeannot,-je ne peux pas tous les nommer, mais Jean, lui, connaissait tous les noms -.

 – Allons, Bettine et Marie. Venez, Pierrot et Croisette. Venez, mes jolis, appelait-il en les faisant sortir de la bergerie pour la journée, je vais vous emmener dans des prairies où poussent des marguerites.
Bêêêe, répondaient les moutons ravis, tout en empruntant le chemin du roi qui grimpait le long de la colline et les menait vers les pâturages.

 Les autres bergers étaient déjà là avec leurs troupeaux : Jean n’était pas seul. Il laissa ses moutons  s’abreuver au ruisseau qui coulait joyeusement à travers les fleurs puis par le chemin du roi, il les conduisit dans les prairies ensoleillées, bien au-delà des berges ombragées, et grâce à sa vigilance, aucun agneau ne s’égara dans les chemins forestiers.

Sur un des côtés du pâturage, s’étendait la forêt, sombre et profonde. Des cerfs y vivaient, ainsi que des sangliers qui se nourrissaient de glands, et bien d’autres créatures qui aimaient les bois sauvages. Il y avait eu des loups dans la forêt, mais les chevaliers du roi les avaient chassés et les bergers ne les craignaient plus. Seules les vieilles personnes comme le grand-père de Jean, et des petits garçons comme Jean en parlaient encore.

Jean n’avait pas peur. Oh, non ! Il n’y avait aucun agneau dans le troupeau qui fut aussi joyeux et courageux que lui. Il chantait avec les oiseaux et courait avec le ruisseau, et il riait jusqu’à ce que l’écho rie avec lui,  pendant qu’il gardait les moutons du petit matin jusqu’à midi, et jusqu’à ce que les ombres s’étirent sur le pré et qu’il était temps de prendre son dîner.

Il y avait des petits gâteaux dans le panier de Jean. Il avait vu sa mère les y mettre, mais il n’en avait pas encore goûté que, sur le chemin du roi, au-delà de la colline, il entendit le son des fifres et des tambours, et un bruit de pas, un bruit de nombreux pas !

Les autres bergers entendirent aussi, ils tendirent l’oreille et ils scrutèrent et ils coururent.

– Le roi et ses chevaliers arrivent», crièrent-ils. «Allons-y, allons les voir passer ! »
Mais qui fera attention aux moutons ? demanda Jean, mais personne ne répondit, aussi, il laissa là son dîner et courut avec les autres, sur le chemin à flanc de colline, loin des pâturages, pour atteindre le grand chemin du roi.

« Comme maman sera contente lorsque je lui dirai que j’ai vu le roi ! » pensait-il, et il se hâtait sur le sommet de la colline lorsque tout à coup il se souvint de la forêt, et du loup, et des paroles qu’avait prononcées son grand-père.

–  Allez, viens, dirent les autres.
–  Je dois rester avec le troupeau, répondit-il.

Il fit demi-tour  et retourna sur ses pas, bien que les fifres et les tambours semblaient dire: «Viens par ici, viens par ici. » Et il ne pouvait s’empêcher de pleurer en les entendant.

Il n’y avait rien aux alentours qui put constituer un danger pour les moutons et la prairie était calme et paisible, mais ce jour-là, un grand loup gris affamé était arrivé dans la forêt.  Ses yeux étaient brillants et ses oreilles pointues, et ses quatre pattes étaient aussi douces et silencieuses que du velours. Il s’approchait en rampant, en rampant, en rampant sous les maisons et à travers les fourrés. Il releva son museau et renifla l’air, puis redressant la tête il aperçut les moutons abandonnés dans la prairie.

–  C’est mon jour de chance, pensa-t-il, et en bondissant, il dévala la colline jusqu’en bas, tout comme petit Jean.
–   Au loup, au loup ! cria celui-ci,  au loup, au loup, au loup ! Ce n’était qu’un petit garçon mais il était courageux et sa voix limpide résonnait comme un clairon dans la vallée et la colline. « Au loup, au loup, au loup ! »

En entendant ses cris, les bergers, les chevaliers, et le roi en personne se précipitèrent, qui courant, qui galopant. Quant au loup gris, il s’enfuit bien vite vers la forêt, sans même prendre le temps de s’arrêter pour jeter un dernier coup d’œil derrière lui. Il courut si vite et si loin qu’on ne le vit plus jamais dans le royaume, bien que les bergers l’eussent guetté jour après jour dans les pâturages.

Au crépuscule, Jean ramena le troupeau à la maison : moutons blancs, moutons noirs et agneaux espiègles, il n’en manquait pas un seul !

 La journée n’a pas été trop longue ? demanda sa mère qui l’attendait sur le pas de la porte.
–  Est-ce que tous les moutons sont là ? interrogea le père malade.
Est-ce que le loup est venu ? dit le vieux grand-père.

Mais il est inutile que je vous dise ce que Jean a répondu. Vous pouvez l’imaginer par vous-même !

FIN

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  • Auteur : Maud Lindsay  (1874-1941), (professeur et fondatrice de la première école maternelle gratuite en Alabama, USA).
  • Conte tiré de : “More Mother Stories”
  • Traduction : Anastasia Ortenzio
  • Illustration : « Le berger « par Rosa Bonheur (peintre et sculptrice française : Bordeaux 1822 – 1899 Thomery )

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Un commentaire

  1. ça fait du bien de rencontrer de nouveaux contes ! mon esprit de contrôle lâche prise le temps des lectures. Merci

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