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La voix de la Mort, conte roumain

la voix de la mort conte roumain

La voix de la Mort, conte roumain

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Résumé : Un homme parti à la découverte du pays où personne ne meurt, finit par le trouver.  Mais dans ce pays, régulièrement une voix appelait un habitant du village qui se mettait à suivre la voix : on ne le revoyait plus jamais. L’homme se promit de ne pas se laisser séduire par cette étrange voix…

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C’est arrivé autrefois. Si ce n’était pas le cas, on n’en parlerait pas !

Tous les jours,  un homme priait Dieu pour qu’il le comble de richesses.
Un jour, ses innombrables et incessantes prières trouvèrent  le Seigneur d’humeur à les satisfaire. Une fois riche, l’homme souhaita ne pas mourir ; il décida de voyager de pays en pays et de s’installer là où il apprendrait que les gens vivaient éternellement. Il se prépara donc pour le voyage, fit part de son intention à sa femme, et partit.

Dans chaque pays il demandait aux gens  si on y mourait, et il continuait son chemin dès qu’on lui répondait oui. Finalement, il arriva dans un pays où les habitants déclarèrent qu’ils ignoraient ce qu’était la mort. Tout heureux, le voyageur, demanda :
–          Mais, si aucun de vous ne meurt, n’y a-t-il pas trop de monde ici?
–          Non, il n’y a pas trop de monde lui répondit-on, car voyez-vous, de temps en temps quelqu’un vient et appelle une personne, cette personne le suit et ne revient jamais.
–           Est-ce que les gens voient la personne qui les appelle ?  demanda le voyageur.
–          Pourquoi devraient-ils le voir?  

L’homme ne pouvait que s’étonner de la stupidité de ceux qui suivaient  celui qui les appelait, puisqu’ils savaient qu’ils seraient obligés de rester là où il les emmenait. De retour à la maison, il réunit tous ses biens et alla s’installer avec femme et enfants dans le pays où les gens ne mouraient pas mais étaient appelés pour ne jamais revenir. Il était donc fermement résolu à ne jamais suivre tout être qui l’appellerait, quel qu’il fut.

Aussi, après s’être installé et réglé toutes ses affaires, il  conseilla à son épouse et à toute sa famille de ne point suivre quiconque pourrait les appeler, s’ils ne voulaient pas mourir.
Alors, ils se donnèrent du bon temps, et passèrent ainsi plusieurs années. Un jour, qu’ils étaient tous confortablement installées dans leur maison, la femme commença soudain à crier :  » J’arrive, j’arrive!  »
Et elle cherchait son manteau de fourrure en regardant autour d’elle.  Aussitôt son mari se leva, la saisit par la main, et se mit à lui faire des reproches.
–          Tu ne fais donc aucun cas de mon conseil ? Reste ici  si tu ne veux pas mourir .
–          N’entends-tu pas comme il m’appelle ? Je  veux juste savoir ce qu’il veut et je reviendrai tout de suite.
Elle se débattait pour échapper à l’étreinte de son mari.
Il la tint plus serrée et réussit à verrouiller toutes les portes de la pièce. En voyant cela elle dit :
–          Laisse-moi tranquille, je ne me soucie pas de partir à présent.
L’homme pensa alors qu’elle avait retrouvé ses esprits et abandonné son idée folle, mais bientôt la femme se précipita vers la porte la plus proche, l’ouvrit à la hâte et sortit. Son mari la suivit, l’attrapa en la tenant par son sac et la supplia de ne pas y aller, car jamais elle ne reviendrait.

Elle laissa retomber ses mains, se pencha en arrière, puis se courba un peu en avant. Soudain elle se jeta en arrière, faisant glisser son sac et l’abandonnant dans les mains de son mari qui, ahuri, la regarda courir en criant de toutes ses forces : « J’arrive, j’arrive ».

Quand elle fut hors de vue, l’homme reprit ses esprits, retourna à la maison et dit :
–          Si vous êtes assez fous pour vouloir mourir, allez-y,  je ne peux rien faire pour vous, je vous ai assez dit qu’il ne faut suivre personne, peu importe qui vous appelle.

Les jours passèrent, plusieurs jours ; des semaines, des mois, des années suivirent, et rien ne vint troubler la quiétude de la maisonnée. Mais un matin où, comme d’habitude il se faisait raser chez le barbier, alors que son menton était couvert de savon et que la boutique était pleine de gens, l’homme se mit à crier :

–          Je ne viendrai pas, vous entendez ? je ne viendrai pas !
Le barbier et les clients le regardaient surpris. Fixant la porte, l’homme ajouta :
–          Sachez-le une fois pour toutes, je ne viendrai pas, je ne partirai pas d’ici.
Ensuite il cria :
–          Va-t-en, tu entends, si tu veux rester en un seul morceau car pour la millième fois, je te le répète, je ne viendrai pas !
C’était comme si quelqu’un se tenait près de la porte et appelait l’homme sans cesse. Alors, l’homme se fâcha et s’emporta contre celui qui ne voulait le laisser en paix. Finalement il se leva, et saisissant le rasoir de la main du barbier, il cria :
–           Donne-le moi, il va voir ce que c’est que de harceler les gens.
 
Et il courut vers celui qui semblait l’appeler, mais que personne d’autre que lui ne pouvait voir. Le pauvre barbier qui ne voulait pas perdre son rasoir, le suivit. L’homme devant, le barbier derrière, ils coururent jusqu’à ce qu’ils franchissent les limites de la ville. Là, hors de la cité, l’homme tomba dans un gouffre duquel il ne sortit plus. Il avait fini lui aussi, comme tous les autres, par suivre la voix qui l’appelait.
Haletant, le barbier rentra chez lui et raconta ce qui s’était passé à tous ceux qu’il rencontrait. A travers tout le pays se répandit ainsi la rumeur selon laquelle les personnes disparues qui n’étaient pas revenues étaient tombés dans un gouffre. Jusqu’alors personne ne savait ce qu’étaient devenus ceux qui avaient suivi l’appel.

Lorsque des gens se rendirent sur le lieu maudit pour voir le gouffre insatiable qui avait englouti tant de personnes sans jamais être rassasié, ils ne trouvèrent rien ; on aurait dit que depuis le commencement du monde, il n’y avait eu là rien d’autre qu’une vaste plaine.
C’est depuis que les habitants de cette région commencèrent à mourir comme les autres hommes sur Terre.

FIN


  • Auteur : Collecté par Mite Kremnitz (Marie Charlotte von Bardeleben 1952-1916)
  • Traduction : Anastasia Ortenzio
  • Titre : Contes de fées Roumains
  • conte fantastique
  • Illustration : Alfred Rethel (1850)

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  Conçu et proposé par Anastasia Ortenzio, conteuse

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