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La Tisseuse céleste

La tisseuse celeste Jeanmarcpaoli.comLa Tisseuse céleste

légende japonaise

Il y avait dans la banlieue de Yeddo (aujourd’hui Tokio) un jeune paysan d’une conduite exemplaire, mais que le malheur semblait poursuivre. Sa mère était morte de chagrin en voyant les champs cultivés par son époux devenir de plus en plus stériles.
Il avait suivi en pleurant le cercueil de sa mère, puis s’était tué au travail pour soutenir son vieux père; mais le père est mort à son tour, laissant le fils dans un tel dénuement, qu’il n’avait pas l’argent nécessaire pour le faire enterrer; alors il s’est vendu lui-même comme esclave et a pu, avec le prix de sa liberté, rendre les devoirs à son père.
Maintenant, il se rend chez son maître, pour y remplir les conditions du contrat. Il marche tristement la tête basse, pleurant sur sa liberté perdue.
Tout à coup une femme d’une grande beauté apparaît sur le chemin. Elle s’approche du jeune homme et lui parle.
– Je veux te demander une grâce, dit-elle ; je suis seule et abandonnée, accepte-moi comme épouse. Je te serai dévouée et fidèle.
– Hélas ! dit le jeune homme. Je ne possède rien et mon corps même ne m’appartient pas. Je me suis vendu à un maître chez lequel je me rends.
– Je suis habile dans l’art de tisser la soie, dit l’inconnue ; emmène-moi chez ton maître. Je saurai me rendre utile.
– J’y consens de tout mon cœur, dit le jeune homme ; mais comment se fait-il qu’une femme, belle comme tu l’es, veuille prendre pour époux un pauvre homme comme moi ?
– La beauté n’est rien auprès des qualités du cœur, dit la femme.
Ils arrivent bientôt chez le maître, et l’époux travaille avec zèle, il cultive les fleurs du jardin. Quand il rentre dans sa cabane pour se reposer un peu, il trouve toujours sa femme occupée à tisser une magnifique étoffe de soie et d’or, et de plus en plus émerveillé, il admire la belle travailleuse.
Un jour le maître, qui surveille lui-même les esclaves, entre dans la cabane et s’approche de la jeune femme. Il demeure stupéfait en voyant le superbe ouvrage qu’elle termine.
– Oh! la splendide étoffe, s’écrie-t-il, elle est certainement d’un prix inestimable!
– Elle est à toi si tu le veux, dit la femme. Je voulais te l’offrir en échange de notre liberté.
Le maître consent au marché et les laisse partir.
Alors l’époux se jette aux pieds de l’épouse et la remercie avec effusion de l’avoir délivré de l’esclavage. Mais la femme tout à coup se transforme ; elle devient tellement lumineuse que le jeune homme ébloui ne peut plus la regarder.
– Je suis la Tisseuse Céleste, dit-elle ; ton courage au travail et ta piété filiale m’ont touchée, et te voyant malheureux, je suis descendue du Ciel pour te secourir ; tout ce que tu entreprendras désormais réussira, si tu ne quittes jamais le chemin de la vertu.
Cela dit, la divine Tisseuse monte au Ciel et va reprendre sa place dans la Maison des Vers à Soie[1].

[1] La constellation du Scorpion.


Auteur : Judith Gautier (1845 – 1917)   dans « Le paravent de soie et d’or »

(Louise Charlotte Ernestine Gautier, dite Judith Gautier, par son mariage Madame Catulle Mendès, est une femme de lettres française. Elle est la Fille de Théophile Gautier. Elle fut la première femme à entrer à l’Académie Goncourt en 1910.

Illustration : http://www.jeanmarcpaoli.com/courtisane/courtisane.html

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Conçu et proposé par Anastasia Ortenzio, conteuse

 

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