Contes et comptines à lire en ligne

La Petite Grenouille Chanteuse, conte en ligne

La grenouille qui chante

La Petite Grenouille Chanteuse, conte en ligne ©

Résumé : Une Fille-Grenouille chante divinement. Un prince l’entend, l’aime aussitôt et veut l’épouser malgré son aspect. Or, le tsar veut choisir son successeur en évaluant la sagesse des fiancées de ses trois fils : elles devront se présenter à lui avec une fleur. La Petite Grenouille arrive au palais montée sur un coq blanc offert par son fiancé et vêtue d’une robe d’or donnée par le soleil.  En guise de fleur elle porte un épi de blé et sera choisie  par le Tsar pour régner avec le prince.

Conte merveilleux de métamorphose.

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Il était une fois un pauvre homme et sa femme qui n’avaient pas d’enfants. Chaque jour, la femme soupirait : «Si seulement nous avions un enfant! » disait-elle.
Alors, l’homme soupirait aussi et ajoutait : « Ce serait merveilleux d’avoir une petite fille ! »
Ils finirent par aller en pèlerinage à un sanctuaire où ils prièrent Dieu de leur donner un enfant. « N’importe quel enfant!, suppliait la femme, je serais tellement heureuse d’avoir un enfant à nous, fut-ce une grenouille! »
Dieu entendit leur prière et leur envoya une petite fille, cependant, ce n’était pas une petite fille humaine mais une fillette grenouille.

Ils aimaient tendrement leur Petite Grenouille : ils  jouaient avec elle, riaient et applaudissaient lorsqu’ils la voyaient faire des bonds dans la maison. Mais quand les voisins leur rendirent visite et murmurèrent : «Mais, leur enfant n’est rien d’autre qu’une grenouille ! », ils eurent honte et ils décidèrent de la cacher dans l’armoire chaque fois qu’ils auraient de la visite.

La Fille Grenouille grandit donc sans amies de son âge, n’ayant comme seule compagnie que son père et sa mère. Elle avait l’habitude de jouer avec son père quand il travaillait. Il était vigneron dans un grand vignoble et bien sûr, c’était très amusant pour la Petite Fille Grenouille de faire des bonds parmi les vignes.
La femme avait pour habitude d’aller au vignoble tous les jours, à midi, pour apporter le déjeuner de son mari dans un panier. Les années passaient et elle vieillissait, devenant de plus en plus faible, aussi les promenades quotidiennes à la vigne commencèrent à la fatiguer et le panier lui paraissait bien lourd désormais.
« Laisse-moi t’aider, mère, dit alors la Petite Grenouille, permet-moi de porter le repas de père. Toi, reste à la maison et repose-toi. »

C’est ainsi qu’à partir de ce jour, c’est la Fille Grenouille qui porta le panier du repas au vignoble à la place de la vieille femme. Pendant que le vieil homme mangeait,  la Petite Grenouille sautait dans les branches d’un arbre et chantait. Elle chantait doucement aussi quand son vieux père, la caressait, il l’appelait ma Petite Grenouille Chanteuse.

Or, un jour qu’elle chantait, le plus jeune fils du Tsar qui passait par là l’entendit. Il arrêta son cheval et regarda çà et là, mais il avait beau faire, il ne pouvait voir qui chantait si divinement.
– Qui chante? demanda-t-il au vieil homme.
Mais le vieil homme qui, comme je vous l’ai déjà dit, avait honte de sa Fille Grenouille devant des étrangers, fit d’abord semblant de ne pas l’entendre, puis, lorsque le jeune prince répéta sa question, il répondit d’un ton bourru:
– Il n’y a personne qui chante !
Mais le jour suivant, quand le prince passa à la même heure, il entendit à nouveau la même voix douce : il s’arrêta et écouta.
– C’est sûr, mon vieux, dit-il, quelqu’un est en train de chanter ! C’est une jolie fille, je le sais ! Parce que, si je pouvais la trouver, je l’épouserais tout de suite et je l’emmènerais avec moi, chez mon père le Tsar !
– Ne soyez pas imprudent, jeune homme, conseilla le vigneron.
– Je pense ce que je dis ! déclara le prince, Je l’épouserai dans la minute même !
– Êtes-vous sûr que vous le feriez?
– Oui, j’en suis sûr!
– Très bien, alors, nous verrons bien !
Le vieil homme leva les yeux vers l’arbre et cria:
– Descends, Petite Grenouille Chanteuse, un prince veut t’épouser!
Alors, la Petite Grenouille sauta de branche en branche et se retrouva devant le Prince.
– Voici ma fille unique, dit le vigneron,  même si elle a l’aspect d’une grenouille.
Je ne me soucie pas de son apparence, déclara le prince, j’aime l’entendre chanter et je l’aime.  Et je pense ce que je dis : je l’épouserai si elle veut bien de moi.
Mon père, le tsar, nous a demandé, à mes frères et moi-même, de lui présenter nos futures épouses dès demain. Il a ordonné qu’elles lui apportent une fleur et il a promis  de donner le royaume au prince dont la fiancée lui remettra la plus belle fleur. Petite Grenouille Chanteuse, veux-tu être mon épouse et te présenteras-tu demain à la Cour avec une fleur ?
Oui, mon Prince dit la Petite Grenouille, je le ferai. Mais je ne veux pas vous faire honte à la Cour en bondissant dans la poussière. Il me faut une monture, aussi, pourriez-vous m’envoyer un coq blanc comme neige pris dans la basse-cour de votre père? « 
-Je le ferai, promit le prince, et la nuit n’était pas encore tombée, que le coq blanc comme neige était arrivé à la maison du vigneron.
Tôt le lendemain matin, la Petite Grenouille adressa une prière au Soleil.
– Oh Soleil d’Or, dit-elle, j’ai besoin de votre aide! Donnez-moi quelques beaux vêtements tissés avec vos rayons d’or, pour que mon prince n’ait pas honte de moi lorsque je me présenterai à la Cour ! 
Le Soleil entendit sa prière et lui donna une robe en drap d’or. Au lieu d’une fleur, elle prit un épi de blé et,  le moment venu, elle grimpa sur le coq blanc et partit au palais.

Les gardes qui se tenaient à la porte du palais refusèrent d’abord de la laisser entrer.
– Ce n’est pas un endroit pour les grenouilles!, dirent-ils, vous cherchez sans doute un étang !
Mais lorsqu’elle leur dit qu’elle était la fiancée du jeune Prince, ils eurent peur de la chasser, alors, ils la laissèrent franchir le portail.
Etrange! Murmurèrent-ils, La fiancée du jeune prince! On dirait une grenouille et… c’était bien un coq qu’elle montait, n’est-ce pas?
Ils franchirent à leur tour le portail pour l’escorter et ils virent un spectacle incroyable
La Petite Grenouille, toujours installée sur le coq blanc, déployait une robe d’or. Elle laissa glisser le vêtement par-dessus sa tête et aussitôt il n’y eut plus de grenouille et plus de coq blanc, mais une belle jeune fille qui chevauchait un cheval blanc comme neige!
Eh bien, la Fille Grenouille entra dans le palais avec deux autres filles, les futures épouses des princes plus âgés. Elles étaient des jeunes-filles tout à fait ordinaires. Vous n’auriez fait aucun cas de l’une ou de l’autre si vous les aviez vues. Mais à côté de la superbe fiancée du jeune prince, elles semblaient encore plus ordinaires.
La première jeune-fille tenait une rose. Le tsar la regarda, renifla légèrement et détourna la tête.
La deuxième jeune-fille avait un œillet. Le tsar lui jeta un coup d’œil et murmura:
– Pauvre de moi, ça, jamais!
Puis il regarda la fiancée du jeune prince et son œil s’alluma :
– Ah! Voilà qui ressemble à quelque chose!
Elle lui donna l’épi de blé et il le prit et le maintint haut devant lui. Puis il tendit son autre main vers la jeune-fille et la fit se tenir à ses côtés pendant qu’il s’adressait à ses fils et à toute la Cour :
Celle-ci, l’épouse de mon plus jeune fils, est celle que je choisis! Voyez comme elle est belle! Et pourtant, elle sait reconnaître aussi bien l’utile que le beau car elle m’a apporté un épi de blé!  Le plus jeune prince sera Tsar après moi et elle sera tsarine!

C’est ainsi,  que la Petite Fille Grenouille dont les parents avaient honte épousa le jeune prince et porta la couronne de tsarine lorsque le moment fut venu.

FIN

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  • Auteur : Peter Fillmore
  • Traduction ©  : Anastasia Ortenzio
  • Titre  : La Petite Grenouille qui chante « Le prince qui rit, livre de contes populaires et contes de fées de Yougoslavie« 
  • Illustration : Jay van Everen, coloriage et mise en forme : légende-et-conte.
  • Conte merveilleux
  • Coloriages associés : le roi et la jeune-fille.

Voici un conte où le jeune homme souhaite épouser la jeune-fille sous son aspect animal, sans même l’avoir vue sous son aspect humain. C’est assez rare pour le signaler (voir à ce sujet, le compte-rendu de la conférence d’Anna Angelopoulos sur « l’initiation féminine dans les contes« ). Dans les contes, la plupart du temps c’est la jeune-fille qui accepte d’épouser le jeune-homme sous sa forme bestiale (la Belle et la Bête, le Roi-Grenouille … ) alors que le jeune-homme n’est disposé à épouser la jeune fille qu’après l’avoir vue dépouillée de sa peau de bête (Peau d’Âne, les Filles-Cygnes…). Ce conte serait donc un contre-exemple.

Nous sommes en juin et ce conte me paraît bien convenir en cette saison annonciatrice de l’été et du règne du soleil qui fait mûrir les blés.

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Un commentaire

  1. merci pour cette perle ; est-ce le même conte qui se retrouve dans l’album présenté ici : http://www.abebooks.fr/servlet/BookDetailsPL?bi=12702052166&searchurl=bsi%3D0%26amp%3Bds%3D30%26amp%3Bsortby%3D0%26amp%3Bvci%3D4225070

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