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Crépuscule poème d’Apollinaire

Crépuscule poème d'Apollinnaire Arlequine

 Crépuscule

poème de Carnaval

(avec notes en fin de poème)

à Marie Laurencin

Frôlée par les ombres des morts
Sur l’herbe où le jour s’exténue
L’arlequine s’est mise nue
Et dans l’étang mire son corps

Un charlatan crépusculaire
Vante les tours que l’on va faire
Le ciel sans teinte est constellé
D’astres pâles comme du lait

Sur les tréteaux l’Arlequin blême
Salue d’abord les spectateurs
Des sorciers venus de Bohême
Quelques fées et les enchanteurs

Ayant décroché une étoile
Il la manie à bras tendu
Tandis que des pieds un pendu
Sonne en mesure les cymbales

L’aveugle berce un bel enfant
La biche passe avec ses faons
Le nain regarde d’un air triste
Grandir l’arlequin trismégiste


  • Auteur : Apollinaire (1880 – 1918)
  • Illustration : A. Ortenzio adaptation d’après un dessin au trait (noir et blanc) anonyme
  • Coloriage associé : cliquez ici

Note : Ce poème fut dédié à la peintre Marie Laurencin dont Apollinaire venait de se séparer. La sombre mélancolie qui anime le poète est cause des références à la mort et à l’autre monde.

Nous inscrivons ce poème dans le mois de février qui est le mois du carnaval et l’image d’Arlequin multicolore renvoie à cet être frontière qui voyage entre les Mondes : celui des Morts et  celui des vivants, celui des ténèbres (comme l’indique son masque noir) et celui de la lumière. Comme Mercure aux couleurs d’arc-en-ciel et aux pieds ailés, Arlequin voyage aussi bien physiquement que sentimentalement (ne dit-on pas qu’il est volage?). Ainsi, l’Arlequine aimée d’Apollinnaire s’est envolée ailleurs.

Le titre de ce poème  fait référence à cette heure incertaine que les paysans et les conteurs désignent  par l’expression « entre chiens et loup » : il nous est alors impossible de distinguer  le jour de la nuit, l’imaginaire de la réalité. C’est le moment où toutes les magies s’élaborent, et Arlequin en est le maître bateleur qui, avec sa baguette magique, peut retourner le temps.

Apollinaire le dit dans ce poème, Arlequin est trois fois mage à l’instar du grand Hermès et l’Arlequine, frôlée par les ombres de la mort est une passeuse : elle ouvre la porte de l’Autre Monde au pauvre poète suicidaire.

Dans ce poème de nombreux termes nous renvoient au jeu de tarot. J’ai donc représenté l’Arlequine en bateleur (la lame N° 1) qui, selon son parcours sera juste prestidigitateur (donc faux mage) ou mage véritable. La référence au pendu (par les pieds dans le tarot) nous parle bien d’un retournement du temps : c’est le cas au moment du carnaval où les âmes s’engouffrent masquées dans notre monde et se mêlent aux humains. Et… vice versa?

A. Ortenzio

Pour complément d’information,  vous pouvez lire les articles suivants relatifs au carnaval et au mois de février :

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Un commentaire

  1. c’est très triste

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