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Conte de Noël Maruchka et les douze mois 2

conte de Noël en ligne Marouchka et les 12 moisMarouchka et les douze mois conte de Noël 2

Conte slave en deux épisodes

Résumé de l’épisode précédent : Le père de Marouchka a épousé une femme qui a sa propre fille, Hélène. Ces deux femmes décident de se débarrasser de Marouchka qui  essaie pourtant de faire son possible pour leur plaire.  Au plus profond de l’hiver, elles l’envoient chercher des violettes puis des fraises sur la montagne, espérant qu’elle y reste. Mais Marouchka y rencontre les douze mois qui l’aident à obtenir ce qu’elle cherche.

2ème épisode       (épisode précédent)

Le troisième jour, rassasiée des fraises, Hélène eut envie de pommes rouges fraîchement cueillies, et dit :

- Marouchka, vite et sans ronchonner, va sur la montagne me chercher des pommes rouges.
- Mon Dieu, tu sais bien que pendant l’hiver les pommiers restent sans feuilles ni fruits.
- Vilaine paresseuse, allez! Dépêche-toi de grimper sur la montagne, car si tu ne m’en apportes pas des pommes, entends-tu, nous te faisons tuer.

Comme d’habitude, la marâtre la saisit rudement, et, après l’avoir expulsée de la maison, ferma les portes au verrou. Pleurant à chaudes larmes, la jeune fille, s’enfonça dans la forêt du côté de la montagne. Les neiges étaient profondes, et sans une trace humaine. Elle ne s’y égara point, mais se dirigea sans hésiter vers la cime de la montagne, où flamboyait le grand feu entouré des douze Mois. Ils restaient immobiles sur leurs sièges, et au sur le plus haut était assis le grand Setchène.

- Mes oncles, laissez-moi me réchauffer auprès de votre feu, l’hiver me fait frissonner, disait-elle en s’approchant du feu.
- Le grand Setchène hocha la tête et se mit à questionner la jeune fille :
- Pourquoi es-tu venue ici, et que cherches-tu ?
- Je viens chercher des pommes rouges, répliqua Marouchka.
- Mais nous sommes en hiver, et ce n’est pas la saison des pommes rouges, fit observer le grand Setchène.
- Je ne l’ignore point, mais ma sœur Hélène et la marâtre m’ordonnent de leur apporter des pommes rouges de la montagne, sinon elles me tueront.
Là-dessus le grand Setchène se leva de son siège pour aller rejoindre l’un des Mois, parmi les plus âgés, auquel il remit le bâton, disant :
- Frère Zaré (septembre) monte à la place d’honneur.

Le mois de Zaré s’assit sur la pierre la plus élevée, et fit un geste du bâton au-dessus du feu. Les flammes rejaillirent aussitôt en prenant une teinte rougeâtre. La neige disparut. Cependant les feuilles ne tenaient pas ferme à leurs arbres, elles tombaient l’une après l’autre, et, s’éparpillant çà et là emportées par une bise froide, jaunissaient le sol de la clairière. L’orpheline n’y voyait que fort peu de fleurs, celles de l’automne seulement, comme des turankas, des cariophylles roses. Dans les ravins, on apercevait quelques colchiques d’automne et sous les hêtres de hautes fougères ou des touffes de bruyères boréales.
Marouchka cherchait inutilement ses pommes rouges, lorsque, tout à coup, elle remarqua un pommier ayant, à une hauteur considérable et tout au milieu de ses branches, quelques pommes écarlates.

- Hâte-toi de les cueillir, Marouchka, cria le Mois d’une voix impérieuse.

La jeune fille, toute joyeuse, se mit à secouer le pommier; une pomme en tomba. Après une autre secousse encore une s’en détacha pour rouler à ses pieds.

- Tu en as assez, reprit le Mois, dépêche-toi de rentrer à la maison.

L’orpheline obéit, et après avoir ramassé les deux pommes et avoir remercié les Mois, elle rebroussa chemin gaiement.
Hélène s’étonna, la marâtre s’étonna aussi de voir Marouchka revenir avec des pommes. Elles coururent lui ouvrir la porte et recevoir les pommes qu’elle leur donna.

- Bah! comment as-tu fait pour en cueillir? demanda Hélène.
- Il en reste encore sur le pommier du sommet de la montagne, reprit Marouchka.
- Pourquoi donc n’en as-tu pas pris davantage? cria Hélène courroucée. Tu en auras mangé quelques-unes, chemin faisant, vilaine sotte !
- Non, bonne soeur, je n’y ai pas même goûté, fit Marouchka. La première fois que j’ai secoué le pommier, il n’en est tombé qu’une seule, et à la deuxième secousse, encore une pomme, et voilà tout. On ne m’a pas permis de secouer l’arbre davantage. Ils m’ont ordonné de revenir à la maison.
- Puisse Perun te foudroyer! cria Hélène levant les mains pour frapper sa quasi-sœur.

Marouchka n’eut que des larmes pour sa défense. Elle en appela au ciel, priant Dieu de la reprendre, plutôt que de la laisser mourir sous les coups de sa méchante soeur  et de sa marâtre. Elle se sauva dans la cuisine. Hélène, friande de bons fruits, ajourna les persécutions et se mit à mordre dans la pomme, qui lui parut si exquise qu’elle n’en avait jamais savouré de pareille. La marâtre était du même avis. Chacune ayant mangé sa pomme, elles désiraient en avoir d’autres.

- Sais-tu, maman, dit Hélène, donne-moi une pelisse, j’irai dans la montagne moi-même. Cette fainéante de Cucendron finirait par s’en gorger toute seule, chemin faisant. Je saurai bien trouver la montagne avec le pommier, et une fois là-bas, les pâtres auront beau crier, je ne lâcherai pas prise avant d’avoir secoué toutes les pommes.

Malgré les conseils de sa mère, Hélène endossa la pelisse, se coiffa d’un bonnet chaud et prit le chemin de la montagne. La mère, debout sur le seuil de la maison, suivit des yeux sa fille jusqu’à ce qu’elle eut disparu dans le lointain.
La neige couvrait tout ; pas une empreinte de pieds humains à sa surface. Hélène rôda çà et là, elle s’égara longtemps; enfin voyant briller du feu au-dessus d’elle, elle s’y dirigea résolument. Au bout de quelque temps, elle atteignit le sommet de la montagne, où elle aperçut un feu flamboyant et, tout autour, sur douze blocs de pierre, les douze Mois assis. D’abord elle hésita, saisie de peur; puis, se ravisant, elle s’avança tout près du feu et y tendit ses mains pour les réchauffer. Elle ne demande pas aux Mois : Puis-je ou non m’y chauffer?
Elle ne daigne même pas leur adresser une parole polie.

- Qu’est-ce qui t’amène ici, que cherches-tu? demanda d’une voix sévère le grand Setchène.
- Je n’ai pas de compte à te rendre vieux barbu ; pourquoi veux-tu savoir où je vais? lui répondit fièrement Hélène en tournant le dos au feu et se dirigeant vers la forêt.

Le grand Setchène fronça le sourcil, et il fit un geste du bâton au-dessus de sa tête.
En un clin d’oeil, le ciel se couvrit de nuages, le feu baissa, la neige se mit à tomber à gros flocons, et un vent glacial se déchaîna en rugissant dans la montagne. Aux hurlements de cette épouvantable bourrasque, Hélène mêlait des malédictions contre sa quasi-soeur et contre Dieu. La chaleur de la pelisse ne suffit plus à réchauffer ses membres engourdis. Sa mère l’attend, elle regarde par la fenêtre, elle regarde du perron, sa fille ne paraît point. Les heures se passent les unes après les autres, Hélène ne revient pas.

- La gourmande, serait-elle en train de se goinfrer avec les pommes, au point d’oublier la maison? qu’y a-t-il? il faut que j’aille la chercher moi-même.

A ces mots, la mère le couvre les épaules d’une pelisse, la tête d’un capuchon et court à la recherche d’Hélène. Les neiges ont tout envahi, et nulle part on ne voit de traces de pieds humains. Aucune voix ne répond à ses cris réitérés. Pendant longtemps elle erra au hasard, la neige tombait en avalanches, la bise glaciale soufflait dans la montagne.
Marouchka avait déjà préparé le dîner, elle avait trait la vache, mais ni Hélène ni la marâtre n’arrivent. Voilà que la quenouille de l’orpheline est déjà pleine, l’ouvrage de la journée est achevé, la nuit s’assombrit et elles ne rentrent pas.

- Serait-il arrivé quelque malheur? Ah mon Dieu ! se demanda la jeune fille, en ouvrant la fenêtre.

L’orage s’est calmé, le ciel rayonne d’étoiles, la neige brille de leur éclat – nulle créature humaine à l’horizon. Marouchka referme tristement la fenêtre, elle se signe et prie Dieu pour sa sœur et sa mère. Le lendemain, elle les attend pour déjeuner, puis pour dîner, mais en vain; ni Hélène ni la marâtre ne revinrent. L’une et l’autre avaient gelé dans la montagne. L’héritage d’une maisonnette, d’une vache et d’un petit champ échut à Marouchka. Avec le temps, un honnête fermier s’y trouva aussi ; et ils vécurent heureux et tranquilles.

FIN

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Auteur : Alexandre Chodsko

Peinture de Joseph Farquharson

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Commentaires :  Un autre conte met en scène une petite Marouchka avec le Roi Gel (cliquez si vous souhaitez lire ce conte)

Vous trouverez les commentaires concernant ce conte dans le premier épisode

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