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Connla et la fée Conte celte

conte celte de Joseph Jacobs

Connla et la fée

Conte celte de Joseph Jacobs 

Traduit de l’anglais par Lisa Setyon

 

Connla aux Cheveux de Feu était fils de Conn aux Cent Combats.
Un jour alors qu’il se tenait aux côtés de son père sur les hauteurs de Usna, il vit un jeune fille aux habits étranges venir vers lui.
– D’où viens-tu, jeune fille? demanda Connla.
– Je viens de la Plaines des Immortels, répondit-elle, là où il n’y a ni mort, ni péché. Là nous sommes toujours en fête, nous n’avons besoin de personne pour satisfaire à notre bonheur. Et parce que nous sommes heureux, jamais nous ne nous querellons. Et parce que nos demeures sont dans les vertes et rondes collines, les hommes nous appellent le Peuple des Collines.
Le roi et tous ceux qui l’entouraient s’étonnaient d’entendre une voix alors qu’ils ne voyaient personne. Seul Connla voyait la jeune fée.
– A qui parles-tu, mon fils? Dit le roi Conn.
C’est la jeune fille qui répondit:
– Connla parle à une belle jeune fille, que ni la mort ni la vieillesse n’attendent. J’aime Connla et je l’appelle pour qu’il me rejoigne à Moy Mell, la Plaine des Plaisirs où Boadag règne pour toujours car depuis qu’il est roi il n’existe ni plainte ni souffrance dans ce pays. Oh, viens avec moi, Connla aux Cheveux de Feu aussi pourpre que l’aube et à la peau tannée. Une couronne de fée attend d’être posée sur ton front pour honorer ton visage gracieux et ta prestance royale. Viens, et jamais ta beauté ne se fanera, ni ta la jeunesse, jusqu’au terrible jour du jugement dernier.

Quoiqu’il ne vit pas la jeune fille, le roi entendait ses paroles. Il eut peur aussi, d’une voix forte il appela par son nom son druide Coran.

– Ô Coran aux multiples sortilèges et à l’habile magie, cria-t-il, j’invoque ton aide! Il me faut accomplir une tâche comme je n’en ai jamais eue depuis que je suis roi. Elle est beaucoup trop lourde pour moi : toute ma compétence et mon esprit n’y suffiraient pas. Une jeune fille invisible est venue à notre rencontre, et par son pouvoir elle veut enlever mon merveilleux fils bien-aimé. Si tu ne nous aides pas, mon fils sera enlevé à ton roi par les ruses et les charmes de cette femme.

Alors Coran le Druide s’avança et chanta ses formules magiques en direction de l’endroit où la voix de la jeune fille avait été entendue. Plus personne n’entendit sa voix pas plus que Connla ne put la voir. Seulement, comme elle disparaissait, avant même que le Druide ne jette un sort, elle lança une pomme à Connla.

A partir de ce jour et pendant tout un mois, Connla ne voulut ni boire, ni manger, il ne voulut se nourrir que de la pomme. Mais lorsqu’il la mordait, la pomme grossissait à nouveau et se reconstituait entièrement. Et peu à peu grandissait en Connla la nostalgie et le désir de revoir la jeune fille qu’il avait aperçu.
Mais lorsque ce fut le dernier jour du mois, alors que Connla se tenait aux côtés du roi son père sur la Plaine d’Arcomin, il vit de nouveau la jeune fille venir vers lui, et de nouveau elle lui parla.
«En vérité, c’est une place glorieuse qu’occupe Connla parmi les mortels à la vie éphémère attendant le jour de la mort. Mais maintenant le Peuple de la Vie, ceux qui sont immortels, te prient ardemment de venir à Moy Mell, la Plaine des Plaisirs, car ils ont appris à te connaître, en te voyant chez toi parmi ceux qui te sont chers.  »
Lorsque le roi Conn entendit la voix de la jeune fille il apostropha ses hommes à grande voix et dit :
– Convoquez vite mon Druide Coran car je vois qu’elle a recouvré ce jour le pouvoir de la parole.
Alors la jeune fille dit:
– Ô, puissant Conn, guerrier aux cent combats, le pouvoir du Druide est peu aimé ; il n’est pas en grand honneur dans le puissant pays que peuplent tant d’être droits entre tous. Lorsque viendra La Loi, elle balaiera les sortilèges magiques du Druide qui sortent de la bouche mensongère du noir démon.

Alors le roi Conn s’aperçut que, depuis l’arrivée de la jeune fille, son fils Connla n’avait pas dit un mot à quiconque lui parlait. Aussi, Conn aux Cent Combats lui demanda :
– Adhères-tu aux paroles de cette femme ?
– Je suis accablé, père, répondit Connla; J’aime mon peuple par-dessus tout et pourtant, un désir ardent me pousse vers cette jeune fille.
Lorsque la jeune fille entendit cela, elle reprit :
– La force de l’océan n’est rien comparée aux vagues de ton désir. Viens avec moi dans ma nef de cristal, vois comme mon bateau brille et glisse droit sur les flots. Bientôt nous pourrons atteindre le royaume de Boadag. Je vois le soleil éblouissant se coucher à l’horizon, mais aussi loin qu’il soit, nous l’atteindrons avant la nuit. Il existe aussi une autre terre qui mérite ton voyage, une terre heureuse pour tous ceux qui la cherchent. Seules des femmes et des jeunes filles y vivent. Si tu veux, nous pourrons la chercher et y vivre seuls ensemble dans la joie.

Lorsque la jeune fille cessa de parler, Connla aux Cheveux de Feu s’élança loin des siens et sauta dans la nef de cristal qui brillait et glissait droit sur les flots.
Alors tous, le roi et la cour, les virent s’éloigner sur la mer de miroir vers le soleil couchant, loin, toujours plus loin, jusqu’à ce que l’œil ne puisse plus les distinguer.

Connla et la fée voguèrent ainsi sur les flots, et bientôt on ne les vit plus, de même qu’on ne sut où ils allèrent.

FIN

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Auteur :  Joseph Jacobs, dans « Contes de fées celtiques »  (Irlande), Conte merveilleux

Traduction :  Lisa Setyon

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Note :

La pomme remise à Connla par la Fée de l’autre Monde se reconstitue le temps d’une lunaison.
Boadag le Triomphant est roi de la Plaine des Plaisirs. Il initia Connla lors de son voyage dans le Sidh (l’Autre Monde).
Coran le Couronné, druide de Conn, parvient à retarder le départ de Conn dans l’Autre Monde, mais il sera vaincu par la force magique de la fée du Sidh.

Connla est le nom de la Source merveilleuse d’où émanent les sept ruisseaux sacrés de l’Irlande. D’après R.J. Thibaud c’est dans l’un d’eux, Shannon, que les noisetiers, arbres de l’enseignement druidique, laissent tomber les fruits que viennent manger les saumons de la science.

 

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