Contes et comptines à lire en ligne

Bertoldo ancêtre du clown Auguste

Bertoldo

Bertoldo gros soulier et esprit fin

   Bertoldo ancêtre du clown Auguste

conte facétieux

Carnaval approchant, j’aimerais vous parler d’un personnage qui fut à l’origine de nombreux autres : Polichinelle, Scapin, Sganarelle et autres valets à l’esprit aiguisé comme une lame (qui finirent tous sur les tréteaux de troupes théâtrales de la Commedia dell’Arte) et… d’Auguste, le clown malicieux. Il s’agit de Bertoldo.

Ce personnage comique très célèbre en Italie, est peu ou pas connu en France. Bertoldo est l’exemple même du paysan qui désamorce les pièges en ayant recours à son bon sens. Comme disait mon grand-père « paesano : scarpa grossa e mente fina » (paysan : gros souliers et esprit fin).

En Italie, les réparties de Bertoldo étaient tellement connues qu’elles sont devenues des proverbes et nombreux sont ceux qui, de nos jours encore, continuent à répéter ses traits d’esprits. J’ai envie aujourd’hui de vous conter quelques unes de ses facéties. Les conteurs seront surpris d’y trouver des saillies que l’on rencontre dans certains contes à malice.

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A Vérone vivait un paysan très poilu dont les jambes épaisses et arquées étaient aussi solides que des colonnes. Sa tête était aussi grosse qu’une citrouille, son gros nez rouge ressemblait à une betterave, sa bouche fendue jusqu’aux oreilles laissait poindre deux dents semblables à des défenses de sanglier, ses petits yeux étaient cachés par des cheveux roux et une grosse barbe touffue encadrait le tout. Son corps était massif mais son esprit était fin et subtil et son jugement sain. Ses concitoyens préféraient sa morale et ses discours à ceux de leur curé. Il accommodait leurs différends mieux que les seigneurs et juges ne l’auraient fait et il faisait rire plus que les charlatans et les bouffons qui passaient parfois par le village.

bertoldo-et-le-lièvre

Comment pourrais-tu prendre un lièvre sans courir?

Un jour, Bertoldo eut envie d’aller voir la ville , sans intention particulière, juste par curiosité.
En arrivant sur la grande place de Vérone il regardait le palais (qu’il prenait pour une grande église) lorsqu’il aperçut deux femmes qui se battaient pour un miroir. Un soldat vint les avertir que le roi voulait connaître leur différend. Suivant les deux femmes, Bertoldo entra dans le palais avec toute une foule de gens curieux. Le roi était assis sur un trône et plus bas il y avait quelques sièges destinés aux grands seigneurs qui cependant, se tenaient respectueusement debout. Bertoldo s’y assit sans façon. Ayant remarqué cette attitude trop désinvolte, un seigneur vint l’avertir qu’il était indécent de s’asseoir devant le roi.
-Pourquoi cela ? dit Bertoldo, Je m’assois bien dans l’église où est le bon Dieu !
-Mais ne vois-tu pas que le roi est un personnage au-dessus des autres ?
-Parbleu, Il n’est pas encore si élevé que le coq de clocher de notre village, lequel nous apprend même le temps qu’il fera !
On rapporta ces paroles au roi qui voulut l’interroger.
– Qui es-tu ?
-Un homme
– Quand es-tu venu au monde ?
– Quand il a plu au bon Dieu de m’y envoyer et à mes parents de me faire, car je ne me suis pas mêlé de cela
-Quel est ton pays ?
-Le monde
Ces réponses piquèrent la curiosité du roi. Il demanda
-Quelle est la chose du monde qui va le plus vite ?
-La pensée
-Quel est le meilleur vin ?
-Celui qu’on boit chez les autres, parce qu’il ne coûte rien
Le bouffon du roi jaloux voulut le mettre à l’épreuve aussi. Il demanda
-Comment t’y prendrais-tu pour porter l’eau dans un crible ?
-J’attendrais qu’elle fut gelée
-Comment pourrais-tu prendre un lièvre sans courir ?
-J’attendrais qu’il fût à la broche
Par ses réponses Bertoldo s’acquit la sympathie de tous mais malheureusement, quoique marié à Mafalda (ou peut-être à cause de cela), Bertoldo n’avait aucune confiance dans les femmes. Il manipula les hommes et les femmes de telle sorte qu’il put prouver à toute la cour qu’il avait raison. Il se fit ainsi une ennemie de la reine.

Après bien des péripéties, celle-ci persuada le roi de faire pendre Bertoldo. Il fut donc condamné.
-Puisque je dois être branché, dit-il, je vous demande une grâce : c’est de choisir moi-même l’arbre auquel je serai attaché car enfin ce n’est pas tout d’être pendu, quand on l’est à sa guise on est à demi consolé.
Le roi consentit. Le condamné trouva de défauts à tous les arbres qu’on lui proposa et n’en trouva aucun qui lui convint. L’un était trop haut, l’autre trop bas, les branches de celui-ci trop fortes, le feuillage du cyprès était d’un vert trop sombre et celui de l’orme trop gai. Bertoldo promena ainsi son escorte qui se composait d’un officier, de deux soldats et du bourreau pendant quelques jours et il visita tous les bois du pays.
Bertoldo réjouissait ses gardes, leur disant de beaux contes du temps jadis, les histoires les plus plaisantes du monde et leur faisait ainsi oublier l’objet de leur mission. Enfin quand ils s’en souvinrent, ils eurent mauvaise conscience de pendre un homme si amusant.
Ils lui conseillèrent de s’en aller chez lui et revinrent au palais où ils laissèrent croire que la sentence avait été exécutée.

(Mais d’autres péripéties s’ensuivirent, qui mirent en scène le fils (Bertoldino) et même le petit fils Cacasenno) de Bertoldo. Ce dernier revint à la cour et s’enrichit grâce à ses bons conseils).

FIN

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Anastasia Ortenzio d’après  Giulio Cesare Croce  (dit Croce della Lira).

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Commentaire :
Ce personnage fut immortalisé par Giulio-Cesare Croce (XVIè. S.), un cantastorie de Bologna qui contait ses aventures  en jouant d’un instrument à cordes     dans les rues (d’où son surnom della Lira). Voyant le grand succès auprès de la population, il fit imprimer ses chansons en prose. La foule s’arrachant les livres, Croce augmenta « La vie de Bertoldo » par celle de son fils Bertoldino puis par celle de son petit-fils Caccasenno.

Bertoldo eut beaucoup de succès auprès du peuple qui prenait ainsi sa revanche sur ceux qui le gouvernait. En effet quel bonheur de voir ce paysan sans éducation, se sortir de tous les pièges que les grands lui tendaient et qui par sa seule finesse d’esprit et son bon sens finit par faire fortune auprès du roi. A la fin du XVI ème siècle, les personnages de Bertoldo, sa femme Mafelda et leurs fils Bertoldino et Cacasenno se retrouvèrent sur les planches en Italie. Toutes les troupes théâtrales se vantaient d’avoir leur Bertoldo, sorte de valet diseur de vérités. La Commedia dell’Arte imagina alors des successeurs à ce personnage et chaque région créa un être à la fois rustique et malin. Le clown Auguste, Pagliaccio (Paillasse), Polichinelle aux larges pantalons en toile blanche rustique… sont des successeurs de Bertoldo. Il inspira ensuite de nombreux auteurs (Cervantès pour Sancho Pança, Molière pour les fourberies de Scapin…)

Aujourd’hui on retrouve ce personnage dans tous les registres et aspects de la culture populaire : au cinéma, au théatre, dans les livres bien sûr et même lors du carnaval… comme celui qui a lieu à Persiceto (Bologne).

Bertoldo affiche de film

Bertoldo film de Mario Monicelli

Bertoldo,-Bertoldino-e-Mafalda

 La marionnette de Bertoldi qui illustre le titre est de Vittorio Zanella e Rita Pasqualini .

 

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